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NOTRE DAME-ORLY 
Stéphane Degoutin, Alex Knapp, Gwenola Wagon, 2007
 
Trajectory
The Notre-Dame Orly Cafe Guide
 
 

 

Parcours en vélo d’après une carte.
 
Ce voyage forme une quasi-ligne droite partant du centre symbolique de la ville pour s'extraire progressivement vers la périphérie et s'achevant sur un lieu symbolique de fin de la ville (l'aéroport), permettant d'explorer une coupe radiale dans l'agglomération parisienne.

  Bicyle tour with a map.
 
This tour follows an almost straight line that will take you gradually from the symbolic center of the city to the symbolic outer gate (the airport) via the periphery. It shows a radial section of the built-up area.
 

Une coupe radiale dans l’agglomération parisienne
 
Dans la mégapole parisienne ultra centralisée, au développement concentrique, le premier critère de définition de tout point de l’espace est son éloignement du centre.
 
Tout parcours du centre vers la périphérie génère une ligne de fuite dans l’histoire de l’agglomération, qui s’extrait de la ville dense pour se fondre progressivement dans l’urbain diffus.
 
Ce trajet propose d’examiner l’une de ces lignes de fuite de près, en la suivant avec la lenteur du vélo.
 
Le choix du point de départ est simple. Site le plus anciennement urbanisé de la ville, point de départ de la Nationale 7, le parvis de Notre-Dame est considérée comme le centre géographique de Paris et sert de point de référence de toutes les routes .
 
La ligne qui part de Notre-Dame vers le sud est l’une des lignes de fuite les mieux tendues. Elle offre l’occasion de traverser les logiques de développement successives de l’agglomération, différentes strates de la ville mises bout à bout comme les anneaux de croissance sur le tronc d’un arbre. Le parcours emprunte des axes ayant valeur de modèle: le tracé gallo-romain et le bâti médiéval de la rue Mouffetard, la percée haussmannienne de l’avenue des Gobelins, les résidus de développements néo-modernistes de l’avenue d’Italie, le développement à l’échelle automobile de l’avenue de Paris…
 
Au fur et à mesure de la progression, le paysage construit devient de plus en plus difficile à dater, la fonction des lieux de plus en plus vague, leur aspect improbable, impossible à interpréter. La route est bordée de constructions, mais que contiennent-elles? Pourquoi ont-elles été disposées dans cet ordre, ici plutôt qu’ailleurs? Que font ces gens sur les trottoirs? Le voyageur assiste à l’émiettement périphérique de la ville, à la disparition progressive des configurations physiques stables.
 
La densité décroissante du bâti produit un effet de décélération. Non seulement l’espace devient flou, son échelle s’élargissant comme par un phénomène surnaturel, mais la destination semble toujours s’éloigner: le temps s’allonge lui aussi. Le voyageur se retrouve comme flottant dans un espace temps dilaté.
 
Si le centre est aisément localisable, la périphérie ne l’est pas. Toute ligne de fuite qui s’échappe de la capitale ressemble donc au trajet paradoxal d’une flèche de Xénon, dont l’envol est net mais la course s’allonge à l’infini, et qui n’atteindra jamais sa cible.
 
Cette fuite pourrait être menée à son terme: il suffirait de suivre la N7 jusqu’à épuisement. Pour des raisons pratiques, Nogo Voyages propose d’y mettre fin au moment où elle croise un lieu symbolique de la fin de la ville, point de départ pour d’autres destinations.
 
L’aéroport d’Orly incarne un extérieur: extérieur à la ville, mais aussi à la périphérie. Bien que situé dans une banlieue habitée il entretient, par nature, peu de rapport avec son contexte. Indifférent au temps, il incarne un idéal figé de la modernité des années 1950 (en 1963, l’aérogare était le monument le plus visité de France, devant la Tour Eiffel; le voyage Notre-Dame - Orly est aussi un hommage à cette destination touristique passée). Orly est aussi le point de départ et d’arrivée de l’un des plus beaux films sur Paris – dans lequel Paris n’apparaît jamais – Playtime de Jacques Tati (qui contient en germe l'idée d'attractions périphériques). Mais aucune scène du film n’est tournée dans l’aérogare: elle n’apparaît qu’à l’arrière-plan.
 
Notre-Dame et Orly appartiennent à des univers urbains totalement distincts, symboliquement très éloignés. Pourtant, l’éloignement physique n’est pas si grand.
 
 
Attractions périphériques: le voyage est l’attraction
 
Bien que droite, la route est de plus en plus difficile à suivre à vélo.
 
La carte indique une piste cyclable, mais elle est difficile à découvrir. Elle apparaît peu après Rungis. Il ne s’agit d’abord que d’un simple tracé sur un trottoir. Insensiblement, elle prend de l’autonomie: le trottoir disparaît tout d’abord (et avec lui l’hypothétique présence de piétons), puis la piste s’élargit, enfin apparaît une légère clôture, qui la sépare de la Nationale 7.
 
La route n’est plus bordée de bâtiments; le mouvement des véhicules s’accélère et s’abstrait de la présence de la ville. Elle est ensuite rejointe par l’autoroute, au rythme plus rapide. Les trois lignes parallèles (piste cyclable, N7, autoroute) semblent ensemble se détacher de l’échelle humaine. Bien que limité par nature, le mouvement du vélo semble fusionner avec les réseaux routiers – sensation rare pour un cycliste – et flotter au même rythme qu’eux, comme porté par le flux des voitures.

Moment architectural
 
Loin de tout élément urbain reconnaissable, sans échappatoire visible, la piste traverse des souterrains successifs, obstinément collée aux routes se dirigeant sous l’aéroport, qui les enjambe en pont – et s’enfonce, comme elles, dans cette fausse grotte, linéaire et bruyante, longeant un squelette de piliers en béton brut, dont la répétition hypnotique semble entraîner le cycliste vers un ailleurs hors d’échelle. Au moment où il croit être définitivement happé par ce trou noir apparaît un panneau inespéré, «Accès Aérogare» et, juste derrière, peu éclairé, un escalier de béton.
 
Le voyageur accroche donc son vélo à la clôture qui le sépare de la voie rapide. Deux volées de marches le mènent, encore un peu étourdi, au milieu de chariots et de valises à roulettes. Une foule cosmopolite évolue dans ce couloir climatisé, ignorant la fenêtre en longueur offrant une vue sur l’autoroute – monde souterrain dont l’architecte a voulu dévoiler la présence, mais tellement incongru, dans un couloir d’aéroport, que l’on ne peut pas le voir.
 
Quelques escalators plus haut, le self climatisé ouvert 24h/24 offre une vue imprenable sur les pistes.