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POSTCARDS FROM THE
PARIS SUBURBS

Stéphane Degoutin, Alex Knapp, Gwenola Wagon, 2005-2009
 
 

 
Postcards for Paris Suburbs présente une vision de la région parisienne à rebours des images d'une ville spectaculaire. Elles esquissent une forme de pittoresque contemporain à travers les séries sur les centre commerciaux, l'habitat résidentiel, les ensemble de bureaux, les moyens de transports collectifs, la vie quotidienne, etc.
 
  Postcards for Paris Suburbs gives a point of view on the Paris Region far from the images of a spectacular city. A form of contemporary picturesque appears in the series of single family houses, shopping malls, offices, public transport... the elements of everyday life.
 

 
Edition de 32 cartes postales, Nogo Voyages 2009.
 
  32 postcards edition, Nogo Voyages 2009.
Pour commander la série de cartes postales, il vous suffit d'envoyer un chèque à l'ordre de "Stéphane Degoutin" de
- 15 € si vous habitez en Union européenne et Suisse
- 16,50 € pour le reste du monde
à l'adresse suivante:
Stéphane Degoutin, 38 rue Dunois, 75013 Paris, France.
 
  If you wish to receive the Postcards, please send a check payable to "Stéphane Degoutin" of
- € 15 for a delivery in the European Union or in Switzerland
- € 16 for the rest of the world
to this address:
Stéphane Degoutin, 38 rue Dunois, 75013 Paris, France.
 
Disparition des cartes postales de banlieue
 
On estime à cinq milliards le nombre de cartes postales représentant la Tour Eiffel, soit presque une pour chaque habitant de la planète. Par contre, il est presque impossible de trouver une carte postale récente représentant un lieu de la périphérie parisienne. Ces territoires sont aujourd’hui sans images. Les seules qui circulent sont, dans la presse, alternativement des barres HLM qui implosent et des voitures qui brûlent.
 
Même au Val d’Europe, l’une des périphéries ayant le plus de succès actuellement, il est impossible de trouver la moindre carte postale de la ville. Nous inspectons systématiquement tous les commerces susceptibles d’en vendre, en vain. Les seules cartes proposées sont génériques : animaux, anniversaires, enfants… La vendeuse du tabac "Nuage et Plumes" du centre commercial nous explique pourquoi : "C’est une région virtuelle. Personne n’achèterait des cartes postales d’ici".
 
Les seules que nous trouverons sont, au Disney Store, deux vues de Disneyland.
 
 
Nostalgie du banal
 
Les cartes actuelles ne montrent que des attractions spectaculaires: Disneyland, le Stade de France, la Défense… La disparition des lieux banals des cartes postales de banlieue est assez récente: dix ou vingt ans tout au plus. Les cartes anciennes, bien plus nombreuses, montraient souvent ces coins de rue ordinaires, qui n’étaient pas nécessairement beaux ou attrayants: une rue pavillonnaire, un café-tabac... Comme n’importe quelle carte postale, elles servaient à dire: "Je suis ici" et "Wish you were here".
 
Aujourd’hui, le visiteur d’Argenteuil ou de Champs-sur-Marne n’est plus submergé par le désir d’envoyer à ses amis une trace de son passage.
 
Il faudrait inventer une carte postale susceptible de transmettre un nouveau message, plus adapté au vécu contemporain ("Almost what you’d expect"?…).
 
Par définition (et à l’exception notable de Beverly Hills, Los Angeles) les banlieues résidentielles ne se visitent pas. Elles ne se photographient pas non plus. Elles n’impressionnent pas la pellicule. Lorsqu’ils s’attaquent au sujet, les photographes professionnels oscillent entre deux genres tout aussi complaisants: le "pittoresque forcé" ou le "neutre terne".
 
La photographie est peut-être inadaptée pour montrer la ville diffuse, car ses formes – les configurations physiques qu’elle prend – ont beaucoup moins d’importance que dans les centres-villes. La raison d’être des espaces périphériques n’est pas à chercher dans les monuments, les bâtiments ou l’esthétique des espaces publics. Elle relève d’un mode de vie où les espaces privés (l’habitat en premier lieu) ont plus d’importance (une série à venir de Postcards for Paris Suburbs pourrait ne montrer que des intérieurs).
 
Le format de la carte postale permet de diriger le regard. La carte postale est toujours partielle. Elle montre des stéréotypes. Elle en fabrique: c’est sa fonction. Elle "stéréotypifie" ce qu’elle montre, en faisant passer la partie pour le tout. C’est une manière extrêmement efficace de pointer du doigt quelque chose, de le désigner à l’attention d’autrui.
 
Les Postcards for Paris Suburbs ne montrent pas les curiosités cachées, beautés secrètes ou éléments anecdotiques, mais tentent d’attraper au vol ce qui fait la périphérie, les principes sur lesquels elle repose: les transports en commun, les embouteillages, les intérieurs, les cafés, les systèmes de surveillance...: le banal et l’ordinaire d'aujourd'hui.
  The disappearance of postcards from the suburbs

It has been estimated that approximately five billion postcards of the Eiffel Tower have been made, or a little less than one per person worldwide. And yet, it is almost impossible to find a recent postcard showing somewhere, anywhere, in the suburbs of Paris. These areas are, for the time being, imageless. The few images in circulation, in the press, are dominated by public housing blocks and burnt cars.

Even in the Disneyland Paris suburb of Val d’Europe, a booming area, it is impossible to find a single postcard of the town. We search in newsagents and other likely stores, in vain. Only generic cards are on offer – birthdays, animals, children. At the Clouds and Pens tobacconist, the lady behind the counter explains: “This is a virtual region, no one would want a postcard from here.”

In the entire town, the only location that sells postcards is the Disney Store, adjacent to Disneyland.

 
Nostalgia of the Banal

Postcards of modern Paris only show first-rate attractions – the National Stadium, Disneyland, La Défense. The disappearance of postcards showing banal, everyday locations seems to be a recent phenomenon, perhaps only ten or twenty years old. Older postcards, more numerous, often showed scenes such as typical street scenes, a café or a row of houses, and not because they were particularly beautiful or attractive. Like any postcard, they said “ I was here” or “Wish you were here.” Today a visitor to the suburbs of Argenteuil or Champs-sur-Marne no longer feels the desire to let his friends no where he has been. We must reinvent the postcard, as a device able to transmit a new type of message, something more suited to our existence today.

Except perhaps for Beverly Hills, people don’t visit residential suburban neighborhoods, and they don’t photograph them, either. They are not in general visually stimulating. When professional photographers turn to the subject, they oscillate between forced landscapes and overly neutral point of view.

Photography is perhaps ill suited to show such a spread-out urban fabric, as its physical form has a much lower “density of importance”. These peripheral places are not designed for monuments, distinguished buildings, or public squares. Instead they are areas where private space, starting with the home, takes precedence.

The postcard enables us to direct our point of view. Postcards produce stereotypes, it’s part of their job and they do so by giving importance to a single viewpoint. This slice of reality becomes a representation of the whole.

Postcards for the Paris Suburbs does not try to find hidden monuments or unappreciated beauty, rather it tries to catch hold of what make the suburbs, what defines its identity: traffic jams, commuter rail, neighborhood cafes, surveillance systems – the banal and ordinary of daily life.