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LECTURE AT TRANSTOPIE 
 
Intervention du 9 décembre 208 lors de la première manifestation publique de "Transtopies", laboratoire de recherches transdisciplinaires à l’initiative de l’École Supérieure d’Art et de Design (ESAD) de Reims
 
Gwenola Wagon Le collectif Nogo Voyages réunit Gwenola Wagon, Stéphane Degoutin et Alex Knapp qui est maintenant à Londres. Nous mettons en scène des voyages dans les périphéries des villes globales. Ces voyages sont l’occasion de produire des projets, des analyses, des réflexions sur l'espace public.
 
Stéphane Degoutin Nogo Voyages est un laboratoire de projets dont le voyage serait l'atelier. A travers le voyage, nous générons des films, des architectures fantastiques et des interventions in situ.
 
   

 
SD Cette image d’un voyageur à La Défense pourrait symboliser l’approche que nous avons de la ville: considérer le territoire traversé comme un espace en friche, considérer les fonctions des lieux comme secondaires. Nous trouvons d'autres fonctions, d'autres qualités aux lieux rencontrés. Les monuments touristiques, les parkings de centres commerciaux, les parcs d’attractions, les espaces de circulations, les nœuds d'autoroute... deviennent des lieux potentiels pour des projets.
 
GW Il s’agit de défricher des lieux. Tout territoire peut être vu comme une friche, y compris et surtout des lieux qui, loin d’être abandonnés, sont familiers, et très connus, comme La Défense, le Forum des Halles ou encore la ville de Dubaï.
 
   

 
The Paris Suburbs Bus Tour
 
SD Parmi nos premiers projets plusieurs cherchaient à relier des territoires entre eux. The Paris Suburbs Bus Tour se présente sous la forme d'une carte-partition que l'on donne à différents voyageurs. Elle permet de faire le tour de la proche banlieue parisienne en 14 Bus. Les voyageurs qui font l’expérience nous ramènent des traces de leur parcours, ou nous accordent le temps d’une discussion.
 
GW Nous souhaitions faire le tour de la première couronne en transports en commun. On s'est rendu compte qu'il s’agissait d’une une sorte d'expédition, un voyage qui exige une planification complexe et prend au minimum 8 heures.
 
SD L’analogie avec le car touristique nous intéressait. L’idée que le transport en commun ordinaire soit utilisé dans un but d’exploration. Mais on ne voit pas grand chose depuis le bus, et le trajet ne passe par aucune attraction touristique. Les territoires qu’on traverse sont mis à distance, dans une vision rapide, fugace, seulement ponctuée par l’attente aux arrêts. C’est avant tout un voyage dans l'espace public de quatorze bus très différents de la même manière que, dans un voyage touristique, ce qui se passe à l’intérieur du car est aussi important que ce que l’on voit par la fenêtre.
 
   

 
Notre-Dame - Orly
 
GW Le voyage Notre-Dame - Orly propose de relier Notre Dame et Orly en vélo. Il s’agit de traverser à vitesse réduite la découpe d'un territoire en passant par différentes strates temporelles. Le voyage s'achève sur une piste cyclable au centre de la Nationale 7. C’est une ligne de terre sauvage, quasiment déserte, cernée d'herbe et de lapins, isolée par les routes nationales qui l’entourent. De façon très improbable, la piste cyclable arrive sous le bâtiment de l’aérogare Orly. On monte alors un escalier, pour entrer directement dans l'aérogare.
 
SD Ce voyage permet, en quelques heures d'appréhender la dimensions de la métropole en traversant à vélo ces strates territoriales ni trop vite ni trop lentement. Le voyageur passe du centre symbolique de la ville à un point d'éjection, l'aéroport. C’est aussi un lieu emblématique de la modernité des années cinquante.
 
   

 
Attractions périphériques
 
SD Le projet Attractions périphériques consiste en une série d'interventions imaginaires dans l'espace public, principalement centrées sur les périphéries parisienne. Voici par exemple un de nos points de vue préférés. Au centre de ce rond-point, nous envisageons d’installer des montagnes russes miniatures on un belvédère pour admirer la vue.
 
GW Le téléphérique est un moyen de transport écologique. Nous l’envisageons ici entre Saint-Denis et Stains pour relier les deux rives séparées par le canal d'Aubervilliers.
 
SD Le téléphérique est une solution écologique et économique pour des petites liaisons de transport urbain. Il permet de relier des territoires dans lesquels il est difficile d'envisager des jonctions par voie terrestre. Et surtout d’apporter du plaisir, dans des lieux où le transport est souvent pensé en termes fonctionnels.
 
   

 
GW Les sons du Petit train tuning sont joués pendant le déplacement du train, ici à Villiers-le-Bel. Là, le petit train de Rueil Malmaison est détourné pour rejoindre Nanterre, en traversant un terrain vague sous des lignes de haute tension.
 
SD Ici, c'est un parc d'attraction dans une grotte flottante, au milieu du lac de Créteil.
 
   

 
Blackpool
 
GWBlackpool est une ville balnéaire du nord de l'Angleterre industrielle début 19e, qui s'est développée suite à l'industrialisation de la région de Manchester et de Liverpool. Ville de loisir, elle est devenue folklorique.
 
SD Après une période de succès, elle devient moins populaire à la fin du 20e siècle. Elle subsiste pourtant telle quelle, dans son état des années 1950, avec ses allures de vaisseau fantôme au charme extraordinaire, comme une pré-friche…
 
«Blackpool représente l’endroit le plus étranger et exotique imaginable. Un espace fascinant, fictionnel, mais inscrit dans la réalité : une porte restée ouverte vers un espace, un temps et une logique autres.» (Stéphane Degoutin, Blackpool immobile)
 
   

 
GW Nous étions invités à participer au festival Trip, à Manchester. Je réalise un voyage imaginaire entre Blackpool et Manchester, en m’isolant à l’intérieur de ma chambre, naviguant à travers les sites Internet, cherchant à glaner le plus d'informations possibles sur ces lieux. J'avance entre les deux villes en fonction de ma collecte d'informations. Le voyage imaginaire se prolonge ensuite dans le territoire réel: je me déplace physiquement entre Blackpool et Manchester. L'itinéraire structure la narration, sur laquelle se greffent les différentes histoires récoltées. Sur la partie gauche de l'image, sont diffusés le dialogue, le son et l’image du voyage réel; à droite le voyage virtuel. Les deux vues sont montées en parallèle, avec des décalages, des connivences, des points d'accroche.
 
   

 
New York - Groix - New York
 
SD Pour le voyage New York Groix New York, nous télécommandons Alex Knapp à New York depuis une petite île du Morbihan, en lui transmettant des indications de parcours par sms. Nous l’envoyons dans différentes parties de la ville qu'on aurait aimé visiter nous mêmes.
 
«Sur Internet, nous ne voyons que des fragments de la ville. Après Le Bronx nous passons à l'île aux échangeurs ; un territoire s'efface pour laisser place à un autre. Nous cherchons à compléter l’espace par notre imagination, recoudre le territoire, profitant des manques de ce territoire, et de l'absence de sa représentation. Il s'agit de visiter une ville inconnue par ces représentations photographiques recouvrant des volumes en trois dimensions.» (New York - Groix - New York)
 
SD Pendant qu’Alex circule, nous suivons la trace de son parcours sur Google Earth. Nous confrontons ensuite nos deux voyages parallèles: à gauche, nos repérages sur Internet et à droite les prises de vues et les notes qu'Alex a prises sur place. Il s'agit de confronter deux visions du territoire, une vision virtuelle à une vision directe… Malgré quelques points de contact, ce sont deux voyages séparés. Pour ce voyage, nous utilisons des techniques tout à fait banales (repérages sur Internet, sms…) mais en les poussant un peu au-delà au-delà des usages habituels. Cela se révèle en effet très fastidieux de prévoir un itinéraire, de trouver des informations en temps réel, d’écrire des sms, de guider quelqu’un à distance et de gérer des places de parking dans le Bronx... Le voyage virtuel est très fatigant, peut-être plus encore que le voyage réel. Devant l’ordinateur, croiser diverses sources d’informations demande un effort mental soutenu, bien plus important que d’être physiquement dans un lieu. Les outils existent, mais transposer directement en ligne l’idée de voyage ne fonctionne pas encore vraiment.
 
GW Les bulles Street View sont comme des billes ensoleillées, les personnages nous regardent fixement l'air hagard, ils sortent de nulle part comme dans un rêve. Une femme promène son chien, une autre marche d’un pas empressé. On suit la rue couverte par un pont rouillé qui fait des kilomètres et qui, par ses ouvertures, laisse passer la lumière et nous aveugle alternativement, dans notre voiture décapotable. Quelques kilomètres plus tard, nous revoyons les immeubles noircis et les fenêtres bouchées, les portes emmurées par les parpaings. Un mélange de noirceur et de soleil. Un endroit où malgré l'immobilisme de la photographie enfermée dans une bulle, se transportent quelques traces d’une vie passée. Sur Street View, tout est gris, alors que pendant le voyage il doit faire très chaud. ...Et malgré tout cette impression d'avoir été à New York. 
 
   

 
Voyages immobiles
 
GW Il s’agit de s'arrêter dans un endroit du Forum des Halles à Paris pour un temps très long, dépassant la durée habituelle d’immobilité dans un lieu public, et de porter son attention sur le lieu, ou sur soi dans le lieu.
 
SD Le Forum est un lieu extrêmement familier pour un Parisien, mais du fait de cette grande familiarité on oublie souvent de le regarder en détail. Or il est très difficile à appréhender. C’est aussi l’un des sites qui nous a posé le plus de problèmes pour déterminer une manière d’y voyager. Après avoir imaginé de nombreux projets, nous avons pensé que la meilleure manière étant de rester immobile. Pour notre premier essai, je suis resté immobile dans las salle d'échanges du RER pendant quatre heures (un espace où personne ne reste immobile), pendant que Gwenola voyageait immobile dans dans la place Basse, quelques mètres au-dessus.
 
GWNous proposons aux voyageurs d'expérimenter ce projet en restant immobile dans le lieu de leur choix; en échange on récolte un texte, une discussion, une photographie...
 
Rester immobile dans un lieu de très fort passage pose quelques problèmes pratiques, en particulier dans les espaces de la RATP, où c’est tout simplement interdit. Prendre des notes est interdit également.
 
   

 
Moilesulaz 1:1
 
GW Au départ il s'agissait de faire intervenir Liliana Motta, qui travaille sur les plantes rudérales poussant dans les espaces délaissés. Nous voulions faire un audioguide GPS pour voiture sur le thème des plantes sauvages et des architectures subversives. Nous avons travaillé avec Elie Kongs, qui a fondé aux éditons MF la collection Dehors sur l'écologie politique. Au fur et à mesure de nos repérages, nous avons décidé de nous arrêter sur le poste de douane de Moillesulaz entre la France et la Suisse. C’est le poste de douane où transitent le plus de frontaliers.
 
SD La Suisse, forteresse intérieure de la forteresse Europe, a une frontière en friche, en voie de disparition car elle rentre dans Shengen. Genève est complètement entourée par la frontière. Avec l’extension de la ville, ses banlieues se développent fatalement en France. La banlieue de Genève vient s'agglomérer vers la France; la banlieue de la ville d'Annemasse (la ville française voisine) vient s'agglomérer vers la frontière: le choc des deux formeune zone urbaine étrange. Le paysage ici semble le résultat de dés jetés au hasard et se compose de configurations urbaines qui n'ont rien à voir les unes avec les autres.
 
GW Pendant la durée de la biennale Version Beta du Centre pour l’Image Contemporaine à Genève, Moillesulaz 1:1 (Moillesulaz échelle 1) propose un dispositif sonore géolocalisé par GPS autour du poste de douane de Moillesulaz. Pour faire l’expérience du dispositif, téléphone-GPS et casque audio sont prêtés. Le visiteur prend le tram jusqu’à son terminus de Moillesulaz pour explorer l'installation. Il déclenche les sons en déambulant dans la zone de l'installation sonore. Il visite un ensemble de textes lus, de voix, de musiques... localisés autour du poste de douane.
 
SD Les sons se déclenchent tout seuls, et ne peuvent être entendus qu'à l’endroit précis que nous avons déterminé. Nous utilisons la géolocalisation pour rendre peu accessibles des données sonores qui ont été préalablement enregistrées et pour associer de manière impérative une bande sonore à un lieu.
 
GW Quelqu'un qui marche dans cet endroit, d'un côté de la frontière, ne peut pas passer de l'autre côté pour écouter cet autre son sans passer par le poste de douane. Les morceaux sont géolocalisés dans un espace contraint par cette frontière.
 
SD Certains morceaux sont placés dans des espaces privés, au fond de jardins de résidences ou au-dessus du poste de douane de l'autoroute. Pour les écouter, il faut transgresser des interdits, se déplacer dans des endroits inhabituels.
 
GW Chaque son est un espace particulier : un balcon sur le vide, une barre de hlm, un balcon sur l'autoroute… Le son amène le visiteur vers un point de vue via le point sonore.
 
   

 
SD Le visiteur écoute les sons dans l’ordre qu’il souhaite. Il est dans un film dont l’image est la réalité, mais dont nous avons modifié la bande son. Avec Moillesulaz, nous n’avions pas besoin d'installer quoi que ce soit sur le territoire: pas d'antenne ni de capteurs. Les visiteurs se promènent avec un simple casque sur les oreilles. Ils passent totalement inaperçus, comme une présence fantomatiques dans la ville.
 
GW Le visiteur découvre des morceaux composés pour être entendus dans l'espace, des voix, des textes dits, des projets utopiques conçus in situ, comme un musée du rond-point, une communauté utopique, un téléphérique, et des morceaux sonores en décalage ou en surimpression, un match de football pensé pour être entendu sur un terrain de football, un labyrinthe de grincements de portes dans une zone pavillonnaire… Reprenant quelque chose du lieu ou amplifiant certaines de ces caractéristiques, ajoutant une autre couche, penchant plutôt du côté d'un versant imaginaire, en projetant sur le territoire ce qu'on aimerait y entendre là.
 
SD Il s’agit de considérer la ville comme une zone de mutation permanente notamment cette zone frontalière en attente de mutation. Imaginer quelle part fantasmatique pourrait se greffer ici, quels sont les espaces d'investissement possible. Une voix décrit par exemple comment une communauté utopique pourrait se créer près du poste de douane. On prend modèle sur Christiania à Copenhague et on imagine ce que cela pourrait donner dans l'espace de Moillesulaz.
 
GW Moillesulaz 1:1 est une invitation à observer, à écouter. Nous voyons le territoire comme producteur de rêves, de fantasmes. Chaque territoire ne devrait-il pas être source au moins de quelques fantasmes à véhiculer, quelques espoirs? Nous cherchons des lieux auxquels nous pouvons accoler nos propres rêves, des descriptions à inventer à partir de cette banalité. La friche est aussi un moyen d'imaginer une possible mutation de la ville, la friche exprime cet état de changement…